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 Une Histoire Sans Queue ni tête

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Abigail
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MessageSujet: Une Histoire Sans Queue ni tête   Lun 1 Aoû - 19:10

Une Histoire Sans Queue ni tête

Cette histoire, vous le verrez, est sans queue ni tête. Pourtant, elle est tout ce qu'il y a de vraie. Elle se passe dans un temps très ancien. Vous ne le savez peut-être pas mais... patience. Je vais vous le dire sans tarder.
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Il y eut un temps où tous les habitants de la terre, quels qu'ils soient, portaient fièrement savez-vous quoi ? Non ! Tous les habitants de la terre portaient comme si c'était leur bien le plus précieux une longue queue !
Les animaux sont des êtres fiers de leur personne. Toutes les occasions sont bonnes pour qu'ils étalent à tous vents leurs talents, leurs habilités, leur savoir. Mais ce qui les passionne avant toute chose, c'est d'exhiber leurs plus beaux atours. Ils adorent se pavaner, faire la roue, s'orner, se parer... en mettre plein la vue peu importe le prix, au point d'en perdre la tête, de faire les pires folies.
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Renard roux se prenant pour le plus rusé pousse un jour la farce jusqu'à lancer à la communauté un défi que seuls les plus téméraires oseront relever. Il se dit : « Cette fois-ci, mes petits amis, ça y est ! Ha ! Ha ! L'affaire est dans le sac. J'ai eu un flair... » Et il se flatte la bedaine de satisfaction, certain de gagner ce concours haut la main.
Mais il y a un proverbe qui dit fort bien « Il ne faut pas vendre la peau de l'ours... »
¤¤¤
Comme il se doit en pareille occasion c'est Pie qui annonce le défi. Elle piaille d'un arbre à l'autre. « Attention !... Attention !... Il y aura parade de queue le prochain soir de pleine lune près du grand lac. » « Attention ! Attention ! Il y aura... Bla... Bla... Bla... la plus belle queue sera couronnée... »
« Une parade de queue », répète-t-on à la ronde, consternés.
La nouvelle se répand en coup de vent. Elle fait en moins de deux, trois fois le tour de la forêt, se répercute en écho dans la montagne, crée des remous dans l'eau, tourbillonne dans la vallée.
De mémoire de tortue, ça ne s'est jamais vu !
L'annonce fait sensation, soulève les passions. Le loup gris, l'écureuil roux, la loutre frisée, le merle à gorge rouge, le huart à collier, l'oie blanche, le geai bleu, le carouge à épaulettes et bien d'autres encore se voient portés au panthéon de la gloire, couronnés pour leur cher appendice.
Jamais queues ont suscité autant d'intérêt. C'est à qui se contorsionne, se casse le cou pour en évaluer l'état. Jamais nouvelle ne causa autant de torticolis, de lumbagos, d'étirements de colonne vertébrale.
Certains oiseaux, comme le huart, ne s'en sont jamais remis. Ils en boitent encore aujourd'hui ! Loup se dit : « Mais voilà une queue touffue, solide, au poil rude et dru. Une queue forte qui a du mordant. Foi de loup, c'est un vrai bijou ! »
Écureuil s'admire depuis fort longtemps. Il ne tarit pas d'éloges : la couleur, la rondeur, l'odeur, l'ampleur... Quelle splendeur !
- Il y a là de quoi flatter mon orgueil, foi d'écureuil !
Perdrix est convaincue de l'emporter. Elle l'étale en éventail.
- Foi de perdrix, c'est rien de moins qu'un premier prix !
Mais de toutes les bêtes, celle qui semble sans contredit la plus estomaquée, c'est l'ours noir.
- Un concours de quoi dites-vous ? De queue ! Heu... Heu... ai-je bien entendu sacre bleu ? Tous des idiots ! Je me demande ce qu'ils ont dans la tête. Encore de rumeurs sans fondement !
Il ne saisissait pas trop... Mais l'idée l'avait piqué. Elle fit son chemin sournoisement, par-derrière.
Il s'assoit sur son arrière-train, gratte sa grosse tête hirsute, rumine, jette un coup d'œil sur son long fouet velu, bat l'air... mesure...
- Ma foi, ce n'est pas si mal. Ouais... même que, avec un peu de travail...
L'ours noir sombre dans les ténèbres de ses pensées profondes. Puis surgit un large sourire qui illumine ses babines.
- Foi d'ours, j'entre dans la course. Moi, au moins, j'ai une queue qui a de la gueule !
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Abigail
Invité



MessageSujet: Re: Une Histoire Sans Queue ni tête   Lun 1 Aoû - 19:12


Une Histoire Sans Queue ni tête (suite)

Cette histoire, vous le verrez, est sans queue ni tête. Pourtant, elle est tout ce qu'il y a de vraie. Elle se passe dans un temps très ancien. Vous ne le savez peut-être pas mais... patience. Je vais vous le dire sans tarder.
Au cours des semaines suivantes, la forêt est sens dessus dessous. Les animaux sont cul par-dessus tête. Pie s'active à constituer un jury. La tâche est ardue. Chacun a un parti pris. Les bêtes à poils et à plumes se préparent fébrilement à l'événement du siècle : une parade de mode qui restera célèbre dans les annales de la forêt !
Renard se déhanche, marche la queue dans les aiguilles de sapin. Il lisse, gomme, parfume ses fins poils cendrés. Il croit avoir une longue d'avance sur tous ses concurrents. Il n'a que sa queue en tête. Elle l'obsède.
Outarde se farde, Hermine se grime, Serin se teint, Perdrix rougit...
Ours noir traîne son fessier dans la bleuetière. Puis il siège des nuits entières sur la croupe de la colline, la queue au vent. Il la démêle, la peigne, la gonfle, l'ébouriffe. Il la natte, la tresse, la boucle, la torsade, la monte en chignon, l'aplatit en toupet.
- Une toque... Non ! Un turban... Bof ! Un bandeau... Oh ! Un diadème... Tout de
même ! Le pauvre n'en dort plus. Ne sait plus où donner de la tête. Il est dans un cul-de-sac.
Le soir tant attendu arrive enfin. Il était temps ! Jamais, de mémoire de tortue toujours, a-t-on vu autant d'animaux plastronnés, costumés, maquillés. L'heure est grave : couronner une queue n'est pas chose commune. La tension est forte... Les nerfs à fleur de peau. Plusieurs sont sur le point de perdre la tête.
Un oiseau à plumage noir et blanc en queue de pie fait le majordome et appelle les paradeurs. Le spectacle est au poil !
- Le castor !
Il passe presque inaperçu. Sa queue est trop plate.
- L'hermine !
Elle a bonne mine... mais... ne fait pas le poids.
- Le raton laveur !
Il est terne, sans couleur.
Et les animaux défilent à la queue leu leu. Ils sont naturellement éliminés un à un. Tous savent que le choix se fera entre Renard et Ours. On les a gardés pour le dessert. Enfin.
- Le renard !
- Bravo ! Hourra !
Sa queue provoque une montage de gloussements, de battements d'ailes. Renard transporté promène son plumeau sous le museau de la foule envoûté, conquise. Renard déambule, pose, parade, exécute des pas de deux, fait un tête-à-queue.
- Mon Dieu ! Mon Dieu ! Quelle belle queue !
- Oui ! Oui ! crie le cacaoui.
C'est l'ovation, la gloire. Grisé, il pavoise, fend l'air de son étendard qu'il hisse bien haut. En coulisse, Ours trépigne, se dandine, fait le pied de grue, tourne en rond. À bout de nerfs, il sort de sa fosse, culbute sur scène, bouscule l'assistance, écrase Renard qui fait le beau, le froisse, le décoiffe, le fripe.
C'est la cohue. Ours s'est coiffé les fesses d'un chignon monté en spirale. Abasourdi par les cris et les aboiements il se dresse sur ses deux pattes. Oh ! d'un seul souffle la foule en délire se soulève. On l'ovationne debout. C'est un tonnerre d'acclamations qui déferlent. Ours se gonfle. Il triomphe.
On fait cercle autour du vainqueur. C'est à qui lui tape sur l'épaule, lui serre la patte, obtient sa griffe. Il est une star au firmament.
Vexé, Renard pour se venger mijote un mauvais coup. Il a vu Brochet qui a suivi la scène de l'eau. Bon deuxième, Renard a droit de parole. Il la prend hautement :
« Ours, je te félicite. Oui ! je te félicite. Mais je vous dirai à tous sans hésiter que si cette brute a une belle queue, elle est certainement moins utile que la mienne. »
La foule est stupéfiée. Le champion hébété est piqué au vif. Est-il contesté ?
- En quoi une queue peut-elle être utile ? lance Renard à la tête de tout le monde.
- Ben... à chasser les moustiques.
- À s'aérer quand il fait chaud !
- À s'asperger d'eau !
- Et ensuite ?
- Ben... Ben...
- Suivez-moi ! En deux sauts, Renard est à quatre pattes sur une pierre plate qui émerge de l'eau. Il s'assoit, trempe le bout de sa queue, attend. Des centaines d'yeux étonnés observent en silence.
- Que fais-tu là, accroupi ? finit par lui demander Pie au nom du jury.
- Patience... Patience... Oups !
Renard dresse ses oreilles pointues, se tend.
- Chut !
Il murmure : « Ça y est ! » La queue de Renard est mystérieusement prise de frénésie.
Elle est violemment tirée, secouée de tous bords, de tous côtés.
Que se passe-t-il ? C'est de la sorcellerie ?
Renard crie : « J'en ai un ! Oh ! Oh ! J'en ai un gros ! » Il tire ! Tire ! Son dos s'arque, sa colonne frémit, plie dangereusement. D'un vigoureux coup d'épaule, il sort de l'eau un gros brochet, qui frétille au bout de sa queue.
C'en est trop. La foule est ébahie, bouche bée. Quel coup de filet ! Chapeau ! Pêcher avec sa queue, ça ne s'était jamais fait. Et quel poisson... On applaudit.
Le gagnant se rend bien compte qu'il perd son siège. Sa gloire lui coule entre les griffes.
Son étoile pâlit. Pour ne pas être en reste, il relance d'un coup de tête le défi.
- Je peux en faire autant ! lance-t-il.
Et il s'installe à la pêcherie, étend sa queue à l'eau. Attend. Les animaux en ont assez. Ils sont épuisés par tant d'émotions. Ils ont à regagner un nid, un terrier, un antre. Il se fait tard. Les nuits d'automne sont froides, imprévisibles. Un gel précoce est toujours possible. Certains sont déjà à faire leurs bagages pour un voyage dans le Sud. D'autres ont des récoltes à remiser.
- Tu fais mieux d'entrer chez toi. Tout ça n'est qu'un jeu ! essaie en vain de le convaincre Castor avant de plonger vers sa cabane.
Une nuit polaire s'installe sur le pays. Le nordet sournois se lève. L'eau frisonne. La lune se couvre d'un moelleux nuage gris. Ours se roule en boule, le museau fourré dans son long poil. Il dort la queue tendue.
Au petit matin, un gros voilier d'oies cingle au-dessus du lac.
- Ça mord ! Ça mord ! crie-t-il, excité.
D'un puissant coup de derrière, il ferre. Tac ! Un cri aigu transperce l'air glacial. L'ours hurle, se lamente, se plaint, frotte énergiquement son gros derrière dénudé. Sa fierté gît à ses pieds, emprisonnée dans la glace du lac gelé dur.
Humilié, sans queue, il se sent tout nu. C'est depuis ce jour que les ours n'ont plus de queue et que l'hiver, ils se cachent au fond de leur « ouache »1

Voilà ce que nous dit cette histoire sans queue ni tête !



1 Mot d'origine algonquine pour désigner l'antre dans lequel hiberne l'ours.

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